interview radio

Dans le cadre de l’émission HAMAK n.3 sur les ondes de Radio Oloron, j’ai été interviewée par Thomas Sebi au sujet de ma pratique en musicothérapie.

Qu’est ce que la musicothérapie ?
Pour quoi ? Pour qui ? Comment ?
Existe-t-il une musique « thérapeutique » ?
Quel est le lien entre musique et cerveau ?

Autant de questions auxquelles j’ai essayé de répondre dans ce moment d’échange.

Pour réécouter l’émission cliquez ici


Présentation de mon parcours

Je suis musicothérapeute clinicienne, diplômée de l’Université Paul Valéry à Montpellier depuis 5 ans. Je suis musicienne multi-instrumentiste et chanteuse lyrique. J’exerce en cabinet depuis janvier 2025, à domicile et en institutions dans l’agglomération paloise. 


Qu’est-ce qu’un.E musicothérapeute ?

Un.e musicothérapeute est un.e musicienne de haut niveau et professionnel.le de santé, qui utilise la musique comme outil thérapeutique. De part sa formation, le/la musicothérapeute détient une grande culture musicale, maîtrise plusieurs instruments, est formé.e à la psychologie, la neurologie, la psychiatrie, ainsi qu’à des disciplines plus spécifiques telles que la neurobiologie de la musique ou encore la physiologie de la voix. Il/Elle doit faire preuve d’une grande capacité d’écoute, d’adaptabilité et d’empathie.  


QUEL EST LE LIEN ENTRE LA MUSIQUE ET LA SANTÉ ? 

De nombreuses études neuroscientifiques ont démontré les effets thérapeutiques de la musique. Les recherches récentes montrent notamment : 

  • une diminution de la perception douloureuse (entre -40% à -52% selon les cas)

  • une amélioration des capacités cognitives et mnésiques

  • une diminution significative des états de stress, de l’anxiété et des syndromes dépressifs

  • une amélioration et une progression dans la rééducation neurologique (AVC, traumatisme) et motrice (opération, accident)

  • une amélioration dans les relations sociales et du lien dans la relation (TSA)

  • une diminution de l’isolement social

  • une amélioration des apprentissages (DYS)

Ces résultats sont le fruit de recherches neuroscientifiques approfondies, menées par des chercheurs reconnus.


L’effet de la musique sur le cerveau : magique ou chimique ?

Mickael Thaut, Docteur en musicologie et professeur de neurosciences soutient que “La musique est biologiquement intrinsèque au cerveau humain”. Ce qui signifie que l’impact de la musique sur le cerveau suscite réellement une réaction biologique et chimique de ce dernier.

En réalité, quatre neurotransmetteurs - ou hormones, permettant de faire passer un message nerveux - peuvent être sécrétées par le corps humain suite à l’écoute ou au jeu musical :

  • la dopamine, hormone du plaisir et de la motivation (sa sécrétion permet de palier à un manque dopaminergique dans les syndromes dépressifs),

  • la sérotonine, responsable de la régulation de l’humeur, notre anti-dépresseur naturel (permet de réguler les troubles anxieux, dépressifs et les troubles de l’humeur),

  • les endorphines, analgésiques (anti-douleurs) naturels du corps (leur libération permet de diminution la perception douloureuse chez les personnes souffrant de douleurs chroniques ou de fibromyalgie),

  • et l’ocytocine, hormone de l’attachement, jouant un rôle dans nos relations sociales (permet de rompre l’isolement social et de diminuer l’anxiété).

    Les effets de l’écoute ou du jeu musical sur le cerveau et le corps humain sont mesurables biologiquement et prouvés scientifiquement.


QUELS RÉSULTATS PEUT-ON AVOIR AVEC LA MUSICOTHÉRAPIE ?

La musicothérapie se définit comme étant “une démarche de soin, de soutien, d’accompagnement ou de rééducation”. Son but est de prendre en soin des personnes pour les aider à entrer dans une dynamique de changement.

La musicothérapie peut intervenir dans la prise en charge :

  • de la douleur

  • de l’anxiété et des troubles de l’humeur

  • des troubles cognitifs, attentionnels, du langage, de la mémoire

  • des déficits moteur et fonctionnels (rééducation motrice)

  • des troubles vocaux (rééducation vocale)

  • entre autres…

La musicothérapie est indiquée à tous les âges de la vie, pour les personnes en situation de maladie, de handicap, de souffrance physique ou psychologique ou de fragilité.


QUELS SONT LES OUTILS UTILISÉS EN SÉANCE ?

Divers instruments sont utilisés en séance de musicothérapie, des instruments classiques en passant par des instruments du monde. La voix est l’instrument principal des séances (voix parlée et voix chantée), elle est guide, pose le cadre, propose, rassure, sollicite et soutient.

L’écoute de la musique se fait soit en direct par le jeu du/de la musicothérapeute sur un instrument, soit par rediffusion d’extraits musicaux choisis, nécessitant une enceinte pour diffuser le son dans la pièce, ou un casque pour permettre une écoute plus individuelle et interne.

D’autres outils peuvent être employés pour définir le cadre de la séance, comme un tapis pour marquer l’espace de jeu au sol, un cerceau, une ligne colorée au sol, un tableau blanc, des pictogrammes…


EXISTE-T-IL UNE MUSIQUE THÉRAPEUTIQUE ?

La musique dite “thérapeutique” n’existe pas. Tout comme l’effet Mozart (né avec la parution, en 1993, d'une étude affirmant que l'écoute d'une sonate de Mozart donnait de meilleures performances intellectuelles) est aujourd'hui considéré comme un mythe par la plupart des scientifiques.

Il est plutôt question ici d’un référentiel personnel. Pour exemple, une étude a été menée auprès de deux femmes enceintes, demandant à chacune d’écouter intensément pendant leur grossesse, la musique qui les apaisait. Pour l’une, ce fut la musique de Chopin, pour l’autre du hard rock. Nés prématurément, les nouveaux nés furent placés en couveuses et sujets à beaucoup de stress dû à un environnement bruyant et anxiogène pour eux. Dans le cadre de l’étude et dans le but d’en mesurer les effets, la musique choisit par chacune des jeunes mamans pendant leur grossesse a été diffusée aux nouveau-nés. Si le bébé bercé par la musique romantique de Chopin parvenait à être apaisé instantanément à l’écoute du piano, l’écoute du hard-rock amplifiait son état de stress de manière significative. À l’inverse, le bébé ayant baigné dans le hard-rock in-utéro, se trouvait apaisé par cette musique, alors que l’écoute de la musique de Chopin qui ne lui était pas familière, amplifiait son état de détresse.

S’il n’existe pas de musique thérapeutique en soit, les différents paramètres du son et de la musique ont bel et bien un impact mesurable sur le cerveau et sur le corps :

  • le rythme, par exemple, est traité dans le cerveau par le cortex moteur et est en lien avec toutes les fonctions rythmiques du corps (la respiration, la fréquence cardiaque et la pression artérielle). Il va avoir un impact sur ces fonctions qui vont se synchroniser au tempo de la musique écoutée.

  • l’harmonie nous donne une sensation de confort et de plaisir, alors que les dissonances nous placent dans une posture d’inconfortables, de perte de repères, de tensions.

  • la structure, c’est-à-dire la forme d’un morceau, lorsqu’elle est régulière comme celle d’une chanson, nous plonge dans un sentiment de familiarité ; alors que dans la musique contemporaine déstructurée par exemple, ou dans une improvisation de jazz, la structure latente induit un manque de repères auditifs qui peut rendre l’écoute inconfortable.

  • la hauteur des sons définit une réponse cérébrale différentes, l’aigu étant perçu comme un stimulant, suscitant l’excitation ; le grave est lui perçu comme calmant, inhibant voir analgésique, plus propice à l’apaisement.

  • la mélodie touche à l’affect, à l’émotion, à la sensibilité selon les modes majeurs ou mineurs employés et le timbre des instruments.

En résumé, si la musique de relaxation est pensée pour guider vers la détente et l’apaisement dans son écriture, elle ne conviendra pas à tout le monde, à tout moment et dans tous les cas. À chacun sa musique apaisante, de détente, de relaxation ; à chacun son référentiel.


en tant que musicothérapeute, qu’elle est la musique que j’écoute pour me détendre ?

Tout est une question de moment. De manière générale, le piano, le violoncelle solo ou la trompette m’accompagnent souvent. Tout comme les voix et choeurs à cappella. J’aime écouter de la musique classique, du rock, de la bossa nova et de la folk.
Je n’écoute jamais de playlist “relax” ou “bruits de la nature” comme on peut en trouver facilement sur les plateformes d’écoute, car elles ne me conviennent pas et font tout sauf me détendre !

Je n’ai pas de recette, j’écoute la musique qui m’appelle sur le moment, parfois très minimaliste pour apaiser mon esprit encombré ou mon corps fatigué, et parfois plus rythmée pour danser, me motiver et le relâcher les tensions. Ce matin par exemple je suis partie courir comme à mon habitude, si ce n’est que je n’ai pas écouté de musique à l’aller, motivée par le simple fait de faire du sport dehors. Par contre, je n’aurai jamais tenu sur la route du retour sans une bonne dose de rock dans mes oreilles pour motiver mes foulées !

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art. 3/ un cerveau sur-entrainé pour laisser la maladie en sourdine